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Plaidoyer

ONG transgenre en Côte d'Ivoire : pourquoi le plaidoyer local change tout

28 mai 2026 · 4 min de lecture

Trois ans de dialogue discret avec des structures publiques d’Abidjan ont produit plus que trois campagnes bruyantes. Retour sur une méthode lente, sur ce qu’elle a permis, et sur ses limites réelles.

Pourquoi nous avons choisi le silence relatif

Quand LUDE s’est structurée, la tentation était forte de faire du bruit. Une campagne publique, des communiqués, une visibilité immédiate. Nous avons fait l’inverse, pour une raison simple : la visibilité coûte cher, et ce ne sont pas les organisations qui la paient. Ce sont les personnes qu’elles représentent.

Dans un contexte où l’exposition publique d’une personne transgenre peut lui coûter son logement, son emploi ou sa sécurité, une campagne mal calibrée produit un effet mécanique : elle désigne une population à celles et ceux qui la cherchaient. Nous avons donc posé un principe de départ : aucune action de plaidoyer ne doit augmenter le risque encouru par les personnes que nous accompagnons.

Ce principe a beaucoup réduit notre champ d’action apparent. Il a considérablement augmenté notre champ d’action réel.

Ce que « plaidoyer local » veut dire concrètement

Le plaidoyer local, chez nous, ne désigne pas des rencontres ministérielles. Il désigne un travail au niveau où les décisions affectent quelqu’un dès le lendemain : le service hospitalier, la direction des ressources humaines, le poste de police de quartier, le centre social.

  • Identifier la personne qui décide réellement. Ce n’est presque jamais celle dont le titre le suggère.
  • Arriver avec un problème documenté, pas avec une revendication de principe. Un cas précis, anonymisé, déplaçant.
  • Proposer une solution qui ne coûte rien à celui ou celle qui doit la mettre en œuvre. Un changement gratuit s’adopte, un changement coûteux s’étudie.
  • Revenir. Une visite ne produit rien. Six visites sur deux ans produisent une habitude.
  • Ne jamais publier le nom du partenaire sans son accord écrit. C’est ce qui fait qu’on nous ouvre la porte suivante.

Cette méthode est lente, peu spectaculaire et difficile à financer : elle ne produit ni photo ni chiffre de participation. Elle produit des protocoles.

Ce que trois ans ont réellement produit

Trente et une structures ont suivi notre module d’accueil inclusif. Quatre cent vingt professionnel·le·s ont été sensibilisé·e·s en présentiel depuis 2021. Six notes de plaidoyer ont été remises à des institutions ivoiriennes et à des partenaires techniques.

Mais le résultat dont nous sommes le plus sûrs est ailleurs, et il est plus difficile à mettre dans un rapport : dans onze structures, une personne accompagnée peut aujourd’hui se présenter sans nous et être reçue correctement. C’est la seule mesure de succès qui compte vraiment, parce qu’elle signifie que le changement ne dépend plus de notre présence.

Nous cherchions à recruter sans savoir comment faire correctement. LUDE nous a formés en une journée, et ça tient depuis deux ans.

Responsable RH, entreprise partenaire

Les limites, qu’il faut nommer

La première limite est structurelle : le plaidoyer local ne change pas le cadre légal. Il rend la vie quotidienne praticable dans un cadre qui, lui, ne bouge pas. C’est utile et c’est insuffisant, et nous refusons de faire passer l’un pour l’autre.

La deuxième est la fragilité des acquis. Un protocole d’accueil tient tant que la personne qui l’a porté reste en poste. Nous avons perdu deux partenariats en dix-huit mois pour cette seule raison. Nous formalisons désormais par écrit, avec la direction, ce qui était auparavant un accord entre personnes.

La troisième est la nôtre : cette méthode repose sur un petit nombre de personnes qui connaissent leurs interlocuteurs. Elle ne se démultiplie pas facilement. Nous n’avons pas encore résolu ce point.

Ce que nous conseillons aux autres associations

  1. Commencez par une seule structure, et tenez-la deux ans plutôt que dix pendant six mois.
  2. Documentez chaque cas avec le consentement écrit de la personne, même quand vous ne comptez pas le publier. Ce dossier est votre seul argument non discutable.
  3. Acceptez de ne pas être crédité·e·s publiquement. Le résultat compte plus que la signature.
  4. Mesurez ce qui change pour les personnes, pas ce que vous avez produit. Le nombre de réunions n’est pas un résultat.

Si vous êtes une association, une structure de santé ou une entreprise et que vous souhaitez engager ce type de travail avec nous, écrivez-nous. Nos notes de plaidoyer sont librement téléchargeables sur la page Ressources.

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