Depuis 2023, un groupe de parole se tient chaque jeudi soir à Angré Cocody. Trois ans plus tard, c’est l’activité la moins coûteuse de l’association et celle dont l’effet mesuré est le plus net. Voici pourquoi.
Une activité qui n’était pas dans le projet initial
Le groupe du jeudi n’a jamais été conçu. Il a commencé parce que plusieurs personnes accompagnées restaient après leur entretien et parlaient entre elles dans la cour. Nous avons fini par ouvrir la salle, mettre des chaises en cercle, et ne rien organiser d’autre.
C’est probablement la raison de sa réussite. Les activités conçues en amont arrivent avec des objectifs, un ordre du jour et une grille d’évaluation. Celle-ci est arrivée avec un besoin déjà exprimé.
Comment ça se passe, concrètement
De 18h à 20h, une salle, entre six et quinze personnes, deux animateur·rice·s dont au moins un·e pair·e. Pas d’inscription, pas de liste de présence nominative, pas d’obligation de parler. On peut venir une fois et ne jamais revenir, ou venir depuis trois ans.
- Trois règles seulement : ce qui se dit dans la salle reste dans la salle ; on ne donne pas de conseil non demandé ; on ne parle pas à la place de quelqu’un.
- Aucun thème imposé. Certains soirs on parle de papiers administratifs, d’autres de rien de particulier.
- Un temps de fin ferme. À 20h, on s’arrête, même au milieu d’une discussion. Cette prévisibilité compte pour des personnes dont l’emploi du temps est souvent contraint.
- Pas de compte rendu. Rien n’est écrit, rien ne remonte dans un dossier.
Ce que trois ans ont produit
Le chiffre qui nous a le plus surpris concerne l’isolement. Parmi les personnes de la cohorte 2025, la part déclarant un sentiment d’isolement élevé est passée de 68 % à 27 % en douze mois. En croisant avec la participation, l’écart est net : la baisse est nettement plus forte chez les personnes venues au moins cinq fois au groupe.
Deuxième effet, moins attendu : le groupe est devenu notre premier canal d’orientation. Une part importante des personnes qui poussent la porte de la permanence pour la première fois y viennent parce que quelqu’un du groupe leur en a parlé. Aucune campagne de communication n’a produit un résultat comparable.
Le groupe du jeudi, c’est le seul endroit où je n’ai pas à traduire ce que je vis. On se comprend en trois mots.
Mariam, 31 ans, groupes de pairs
Ce qui a été difficile
La première difficulté a été la nôtre : l’envie de structurer. À deux reprises nous avons voulu introduire des thématiques, un intervenant extérieur, un questionnaire de satisfaction. Les trois fois, la fréquentation a chuté dans le mois. Nous avons arrêté.
La deuxième est la gestion des situations lourdes. Un groupe de parole n’est pas un espace thérapeutique et ne doit pas le devenir. Nous avons établi une règle : quand une personne exprime une souffrance qui dépasse ce cadre, l’un·e des animateur·rice·s sort avec elle et propose un rendez-vous avec la psychologue. Le groupe continue.
La troisième est matérielle et n’a pas de solution élégante : le transport. Rentrer d’Angré après 20h coûte cher et n’est pas sûr pour tout le monde. Nous prenons en charge le retour au cas par cas, sur un budget qui n’est pas sécurisé d’une année sur l’autre.
Ce que ça coûte
Une salle que nous avons déjà, deux animateur·rice·s indemnisé·e·s deux heures, de l’eau, et le transport retour. C’est de loin le meilleur rapport entre coût et effet mesuré de tout ce que fait l’association — et c’est aussi, paradoxalement, la ligne la plus difficile à faire financer : elle ne produit ni livrable, ni indicateur spectaculaire, ni photographie.
Si vous voulez en créer un
Notre conseil tient en une phrase : n’organisez rien de plus que la salle, l’horaire et les trois règles. La tentation d’ajouter du contenu est le principal risque d’échec.
Le groupe se tient chaque jeudi de 18h à 20h. Il n’y a rien à préparer et personne à prévenir ; si vous préférez savoir à quoi vous attendre avant de venir, écrivez-nous et quelqu’un vous rappellera.
